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Mégots de cigarette : une pollution aux microplastiques bien plus grave qu’on ne le pensait

Pourquoi se contenter de détruire ses poumons quand on peut pourrir tous les océans du monde en asphyxiant l’entièreté de la chaîne alimentaire ?

Notre belle planète n’a pas besoin d’une source polluante supplémentaire de microplastiques : ils sont déjà partout. Dans tous les océans, les eaux douces, les sols, dans la nourriture,  les cosmétiques, l’air que nous respirons… Malheureusement, une étude publiée dans le volume 2 de la revue Journal of Hazardous Materials: Plastics (février 2026) vient de mettre le doigt sur un autre coupable : les mégots de cigarettes.

Si nous savions déjà qu’ils étaient d’infâmes éponges remplies de métaux lourds, de divers toxiques et aussi de microplastiques, nous n’avions, en revanche, pas idée de leur fulgurante capacité à se désintégrer. Constitués d’acétate de cellulose dans la majorité des cas, c’est un polluant éclair : dès qu’il est abandonné lâchement dans l’environnement, il se décompose dans les secondes qui suivent.

Un poison instantané

Un mégot, à son premier contact avec l’eau, met 20 secondes seulement à perdre 24 microfibres d’acétate de cellulose, peu importe qu’elle soit calme ou agitée. Plus l’eau est remuée par des courants, plus elle vient l’éroder, comme un abrasif venant poncer les 10 000 fibres compressées qui composent le filtre.

À l’échelle de l’État de New York, où l’étude a été réalisée, les chercheurs estiment qu’entre 71 millions et 1,4 milliard de microfibres sont ainsi libérées chaque jour dans la nature. En faisant un bref calcul (un filtre de cigarette standard pèse environ 0,17 gramme), cela signifie qu’environ 2,8 kg de plastique pur sont pulvérisés sous forme de poussière dans l’eau et les sols, rien que dans l’État de New York. Rapportez cela à l’échelle planétaire : la Terre n’est rien d’autre qu’un cendrier géant.

Ce volume est d’autant plus alarmant que ces fibres sont déjà saturées de leur propre cocktail toxique. « Habituellement, on considère les microplastiques comme problématiques à cause des produits chimiques qu’ils absorbent dans l’environnement, mais ceux-là sont libérés avec leur propre contamination. On cumule la pollution physique des fibres et la pollution chimique de tout ce qui y est attaché », explique John D. Atkinson, co-auteur de l’étude.

Déjà chargés de milliers de résidus de combustion (plomb, cadmium, acide cyanhydrique, benzène, etc.), ils transportent également avec eux des PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées), plus simplement appelés « polluants éternels ». Comme leur nom l’indique, cette famille de produits est très persistante, surcharge les écosystèmes et son élimination par les organismes vivants est quasiment impossible.

L’industrie du tabac a longtemps profité du flou sémantique entourant l’acétate de cellulose, laissant planer l’idée d’une matière naturelle, car elle est dérivée du bois. C’est vrai, mais une fois soumise à la combustion, elle n’est rien de plus qu’un vecteur poreux pour les milliers de substances toxiques produites par le tabac. Si les autres microplastiques absorbent les polluants après avoir été dispersés dans l’environnement, les mégots sont déjà saturés à la source. Ainsi, ils introduisent une dose létale des résidus de la pyrolyse dans les premiers maillons de la chaîne alimentaire, là où les autres plastiques mettent des mois à accumuler une telle charge toxique. La boucle est bouclée : les fumeurs peu scrupuleux qui jettent leurs mégots par terre finiront, tôt ou tard, par en retrouver de minuscules morceaux dans leur assiette. Bon appétit !

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