Entre Vice-Versa 2 et Toy Story 5, Pixar fait de la place pour la nouveauté. Après Elio, qui n’a pas rencontré le succès espéré au box-office mondial (154 millions), la lampe bondissante espère que son histoire de castor enverra du bois. Jumpers (notre critique) arrive ce mercredi 4 mars dans les cinémas français avec la promesse d’explorer le règne animal depuis ses coulisses, de faire rire petits et grands… et de surprendre à plus d’un titre.
Son réalisateur Daniel Chong fait souffler un vent de fraicheur sur l’univers Pixar. Bien aidé par son expérience sur la série We Bare Bears, le réalisateur met la comédie au coeur de son procédé narratif. Références à gogo, gags réussis et petite part d’effroi, le dernier né de l’écurie Pixar veut se démarquer du tout venant. Nous l’avons rencontré pour en discuter.
Journal du geek : Comment est né Jumpers ?
Daniel Chong : C’est un processus de six ans. Tout un voyage. Quand je suis revenu chez Pixar — Pete Docter a eu la gentillesse de m’inviter à revenir après que je sois parti pour faire ma série télé — il y avait cette idée de ces documentaires animaliers où ils mettent des animaux robots dans la nature, avec des caméras dans les yeux, et c’est une façon d’infiltrer le monde animal sans qu’ils le sachent. J’ai emprunté cette idée loufoque. Et si cette technologie était tellement bonne que personne ne pouvait faire la différence ? Je dirais que le cœur du film vient d’un endroit vraiment fun et absurde.

Ensuite évidemment on a ajouté le côté Avatar et tout ça au fur et à mesure, mais… Ouais, je dirais que ce qui donne au film son ton et son côté déjanté, c’est parce que l’idée de base était quelque chose d’absurde dès le départ. Et on a juste surfé sur cette vague pendant six ans.
JDG : Vous mentionnez Avatar. Ça tombe bien, quelles sont vos inspirations ? Les oeuvres qui ont nourri ce film ?
Nicole Paradis Grindle (productrice) : Il y a Mission : Impossible pour le thriller d’espionnage, Men in Black pour la comédie de science-fiction. Mais c’est aussi Les Gremlins, Les Dent de la mer, Les Oiseaux. Plein de choses différentes, beaucoup de choses différentes. Je pense que c’est ce qui rend ce film spécial. On mélangeait tellement de choses en permanence. Et ça fait très contemporain. Je pense que c’est ce que les gens adorent : c’est un film Pixar avec de l’humour et du cœur.
JDG : C’est déjà un peu ce que vous faisiez avec We Bare Bears.
Daniel Chong : Bears est une sitcom, c’est que de la comédie. Je pense que ça a définitivement orienté la direction que j’allais donner à ce film. Mais l’autre chose intéressante, c’est qu’on a fait cent quarante épisodes de We Bare Bears. Quand tu cherches à trouver de nouveaux épisodes, parce qu’à un moment tu te dis “qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ?”, tu finis par parodier plein de tons et de genres différents.
Celui-là c’est l’épisode horreur, celui-là c’est la science-fiction, celui-là c’est l’absurde. Et tu deviens très à l’aise avec différents types de tons et différents types d’humour. Je pense que c’est peut-être ce qui m’a amené à vouloir faire ce film où on allait introduire tous ces petits genres et tons différents. Donc oui, je créditerais vraiment Bears pour avoir influencé les différents chemins qu’on a fini par emprunter.
JDG : Et justement, ces chemins sont un peu différent de ce qu’on a l’habitude de voir. La comédie semble un peu plus sombre que d’habitude. Certaines scènes sont plutôt effrayantes. Est-ce que vous avez dû couper des scènes ou des blagues ?
Daniel Chong : C’était un gros sujet de discussion. Quand on fait ce genre de films, on ne teste pas avec un public avant un moment. C’est souvent vers la fin. Donc en fait, on essaie juste de faire des choses qui nous divertissent nous. Tout le monde qui travaille dessus est adulte, donc on fait vraiment ce qui nous fait rire et ce qui nous amuse ou nous semble intéressant. Quand on a fait les premières projections test, on a eu des retours d’enfants qui ont eu peur. Les parents étaient un peu inquiets. On y est sensible. On ne veut pas repousser les gens. Il faut aussi trouver l’équilibre pour que ça reste un film qu’on a envie de faire…

J’ai grandi avec beaucoup de films d’horreur, on a parlé des Gremlins. Je me souviens aussi avoir adoré les premiers films de Tim Burton comme Beetlejuice et Edward aux mains d’argent. Ce sont des films bizarre tu vois ? On veut s’assurer qu’on enlève pas l’âme de notre film pour répondre aux retours du public. On le fait de manière très chirurgicale. Le requin qui apparaît dans le film est très effrayant, mais on a trouvé un moyen d’ajouter de la comédie.
Nicole Paradis Grindle : On avait de l’animation finie qu’on a dû retirer parce que c’était juste beaucoup plus effrayant. Ça nous faisait rire, mais certains enfants et leurs parents disaient “je ne pense pas que je pourrais emmener un petit enfant”. Dans d’autres cas, les mères étaient inquiètes mais les enfants disaient : “Oh, c’est ok ! J’ai bien aimé”.
JDG : Si on parle un peu du style, c’est aussi très différent de ce que l’on a l’habitude de voir. C’est ingénieux l’idée de représenter les animaux d’une manière différente lorsqu’ils sont vus par les humains puis quand ils parlent entre eux.
Daniel Chong : Au moins du point de vue du design des personnages, j’avais idée très précise de ce que je voulais. On avait cette designeuse, Yao Jin, et elle a fait un travail de développement précoce pour les personnages, et elle a trouvé le bon truc assez vite. Une fois qu’on avait ça, c’est devenu le langage visuel pour tous les personnages. On a juste construit à partir de là. On avait plein d’autres designers qui ont fait du super boulot. Daniel Lopez Munoz, Coco Yang, qui ont fait un excellent travail. Mais ils construisaient tous sur ce que Yao Jin avait fait. Ça aide à tout orienter, même les décors et les environnements, tout est influencé par le design des personnages. Parce qu’une fois qu’on a les designs des personnages, on se dit “bon, à quoi ressemble la nature à côté de ces personnages ?” On ne peut pas juste faire un monde naturel photoréaliste. Donc on a dû caricaturer…

Nicole Paradis Grindle : Pour les yeux, c’est inspiré du film Pompoko de Ghibli. L’idée c’est que quand on est dans le monde animal et qu’ils se voient les uns les autres, ils se voient comme des individus à part entière. Mais pour les humains, ils sont plus génériques. Tu ne vois que les yeux en points. Et c’était toujours quelque chose de très important pour Daniel, il appelait ça “les deux mondes”. Et j’ai toujours aimé ça parce que pour moi, c’est comme la règle numéro un de l’étang : ne sois pas un étranger. Si tu connais le nom de quelqu’un, tu ne peux pas être en colère contre lui. Et c’est un peu comme notre relation avec nos animaux de compagnie. Ils sont génériques, mais quand on apprend à les connaître, on les voit comme des individus. Donc c’était toujours très convaincant.
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