Plus de dix ans avant que Pedro Pascal n’apparaisse pour la première fois dans Buffy contre les Vampires (Eh oui!), ZAZ n’évoquait pas quelqu’un qui veut d’l’amour, d’la joie, de la bonne humeur, mais le trio David Zucker, Jim Abrahams, Jerry Zucker. Trois maîtres de la comédie parodique américaine responsables de Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Top Secret !, ou encore Y a-t-il un flic pour sauver la reine ?. Ensemble ou séparément – Abrahams signant notamment les Hot Shots ! seul – avec l’aide de Pat Proft, ils ont égratigné leurs contemporains avec un sens du rythme et une richesse que beaucoup auront essayé de reproduire, avec très peu de résultat.
Des œuvres dont l’auteur de ses lignes a poncé la bande magnétique puis la galette jusqu’à les connaître par cœur. Un affect qui se doit d’être précisé, car il rentre irrémédiablement en compte lorsqu’il faut parler de ce nouveau Y a-t-il un flic pour sauver le monde ?, ou Naked Gun de son titre original, nouvelle version. Pour défendre un remake ou reboot, l’industrie a tendance à avancer l’argument qu’il faut savoir se détacher du modèle. On lui répondra que si le résultat est à la hauteur, cela se fait naturellement. Sinon, la comparaison est et restera inévitable, souvent au déficit de la nouvelle monture. Et ici ?

Frank Drebin Jr., fils du célèbre flic, a suivi les traces de son père et est l’un des lieutenants les plus (in)compétents de la Brigade spéciale. Une Brigade dont l’existence est aujourd’hui menacée face aux piètres résultats de ses policiers. Sauf qu’une affaire de meurtre menant à un puissant industriel pourrait bien permettre à Drebin de sauver son poste, et le monde.
Le poids du pas assez
Sur le papier, confier les commandes de ce reboot à Akiva Schaffer n’est pas déconnant. L’homme responsable de Tic et Tac, les rangers du risque a déjà goûté à la parodie avec son très bon Popstar : Célèbre à tout prix et, surtout, ses nombreuses années à réaliser et scénariser pour le Saturday Night Live dont le genre est un peu la marque de fabrique. À ses côtés au scénario, Dan Gregor et Doug Mand, dont les noms parleront aux fans d’How I Met Your Mother.
À bien des égards, cette version 2025 n’est absolument pas la catastrophe supposée. Il faut reconnaître au trio la compréhension de l’humour des ZAZ et l’envie de s’y coller. La comédie sait partir dans tous les sens et jouer sur chaque tableau de l’absurde, que ce soit au niveau des dialogues ou de la mise en scène. Sans y retrouver la générosité des anciens, ce Naked Gun fait tout pour marcher sur leurs traces et plusieurs vannes font mouche. Il restera bien plus réussi que certains ersatz de l’époque comme Y a-t-il un flic pour sauver l’humanité ? au titre français trompeur (pas un film de la saga) et qui mettait en scène Ophélie Winter (!).

Cependant, le film transpire également le poids du passé sur plusieurs couches. Akiva Schaffer a forgé la grande majorité de sa carrière sur le sketch et il a bien du mal à s’en dépatouiller à la tête d’un long-métrage. Le rythme de Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? est inégal et là où chaque ZAZ balançait ses loufoqueries sans laisser le temps au spectateur de respirer, cette reproduction prend souvent le temps de les installer. Tel un sketch, chaque séquence semble dicter par une réplique qui arrive ou une bêtise en arrière-plan. Le jeu des acteurs cherche trop à accentuer les dialogues et la caméra se déplace en amont lorsqu’il doit se passer quelque chose de comique. Difficile de rire de Pamela Anderson se prenant un poteau lorsqu’on la voit déjà se diriger vers celui-ci.
Tout semble ainsi mécanique, préparé, répondant à un tempo précis, avec un manque d’aisance naturelle. Bref, ça sonne faux et seules quelques blagues parviennent à surprendre. Un manque de spontanéité accentué par le fait que de nombreuses idées proviennent directement des films précédents, qu’ils appartiennent aux ZAZ ou aux copains. L’une des séquences les plus marquantes du métrage n’est qu’une version rallongée d’une idée d’Austin Powers 2. Et on ne compte plus les moutures reprises des anciens Naked Gun.

Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? Non
Mettre Liam Neeson en tête d’affiche du projet sonnait comme une prise de risque intéressante. Il faut dire que ce ne sont pas tant les rôles comiques du monsieur que sa filmographie récente qui prêtait à rire ces derniers temps. Cela fait plaisir de voir l’acteur sincèrement s’amuser en parodiant cette figure d’homme d’action qu’il est devenu. On sent que ce projet a presque une portée cathartique et son air grave agit parfaitement bien en contraste avec le manque de sérieux ambiant.
Toutefois, ce qui faisait le sel de la franchise originale tenait autant des ZAZ que de l’interprétation délectable de Leslie Nielsen. Un visage jovial, un regard qui pétillait, il suffisait de le voir à la caméra pour avoir déjà envie de rire, malgré son premier degré. Il fait partie de ces acteurs qui ont habité un personnage au point de rendre toute tentative de remplacement extrêmement compliqué, limite impossible. En prenant un comédien aux antipodes du jeu de Nielsen, tout en jouant la filiation assumée, Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? prenait un risque courageux, mais surtout suicidaire. On salue le choix téméraire de Neeson, le résultat est un brin inapproprié. Un Steve Carell aurait peut-être mieux tiré son épingle du jeu…

Y a-t-il un public pour sauver le film ?
Reste à aborder une question. La même que l’on se posait récemment pour Souviens-toi… l’été dernier. À qui se destine ce film ? Il est indéniable que la comparaison avec les précédents films a habité notre avis, même si cela mise à part, le long-métrage a montré plusieurs limites. Faut-il prendre du recul et estimer que cette production vise davantage un nouveau public qui n’aurait pas la connaissance d’un héritage lointain ?
Tout porte à le croire, et pourtant. Pourtant, le casting lui-même, composé de Liam Neeson et Pamela Anderson en stars principales, ne peut pas être considéré comme porteur pour une nouvelle génération. Le premier n’a plus vraiment renoué avec le succès au box-office depuis un bail et la seconde reste une figure majeure de la télévision… d’il y a quelques décennies.
Si le genre parodique fonctionne, c’est parce qu’il se plaît à moquer des œuvres ou des genres immédiatement identifiables. Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? Se veut une réplique de ses aînés, modernisant simplement son enquête, mais ne s’attaque à rien de spécifique, à quelques exceptions. Les codes du polar y sont, mais un polar déjà marqué par le temps. Alors qu’un nouveau Scary Movie est en pré-production, il est plus facile d’imaginer un public s’intéressant à un film parodiant la flopée d’œuvres horrifiques dont le cinéma nous abreuve chaque année qu’à une banale histoire de flics.
Fatalement, on se retrouve donc à supposer que le long-métrage s’adresse à nous, à un spectateur amateur des anciens. Et si tous ne se prêteront pas à la comparaison, par abstraction volontaire ou par confusion des souvenirs, il est évident que ce flic n’a pas de quoi plaire à tout le monde, et encore moins le sauver.
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