Oui, on sait, on va ENCORE évoquer John Wick pour parler d’un film d’action. Mais cette fois, ce n’est pas notre faute, c’est celle de Nobody premier du nom qui avait commencé par embaucher le scénariste de la franchise avec Keanu, Derek Kolstad. Et la filiation ne s’arrête pas là.
Un homme tout ce qu’il y a d’ordinaire en apparence qui a enterré son passé violent. Le frère d’un mafieux russe qui cherche la mauvaise personne. Des méchants crevant de trouille dès qu’ils en apprennent davantage sur lui. Une organisation souterraine offrant refuge et conseil. Et un animal secouru. On ne veut pas jouer au jeu des sept différences, mais ce qui distinguait Nobody de John Wick tient uniquement à deux choses : la présence de la famille et une légèreté omniprésente.
Cela peut paraître assez peu sur le papier et il faut reconnaître que le box-office n’a pas été particulièrement au rendez-vous avec seulement 57 millions de dollars engrangés autour du monde. Même si le budget initial était d’environ 16 millions, la marge n’a rien de folle pour justifier une suite. Si ce n’est un certain engouement du public (94% d’avis positifs sur Rotten Tomatoes, 3,7 étoiles Allociné) et la présence de l’excellent Bob Odenkirk dans ce rôle à contre-emploi. C’est ainsi que Nobody 2 vient occuper nos salles en ce mois d’août plutôt calme en franchise – juillet ayant tout donné.

Quatre ans après avoir repris du service et allégé la mafia russe de 30 millions de dollars, Hutch cherche toujours à rembourser cette dette en cumulant les contrats. Un boulot éreintant qui l’éloigne de sa famille qu’il ne voit presque plus. Pour tenter de renouer avec cette dernière, Hutch emmène tout le monde, y compris son père, en vacances dans un lieu qu’il avait affectionné enfant : Plummerville.
Sauf que la ville a bien changé. Suite à un incident mineur, il se retrouve dans le collimateur du shérif véreux et d’un trafiquant local travaillant pour une criminelle bien plus dangereuse. Bien qu’essayent d’éviter les ennuis, Hutch va bientôt devoir affronter tout ce beau monde s’il veut sauver sa famille.
La même, en mieux
Nobody 2 n’est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir, mais il a la qualité de l’assumer. Loin de la science de l’action d’un John Wick, cette suite continue d’accentuer sa loufoquerie héritée et préfère s’amuser tout du long. Dès la séquence introductive, ce deuxième volet joue les miroirs déformés du premier en épousant désormais son concept bourrin. Plus besoin d’introduire le personnage et ses capacités, on peut maintenant profiter pleinement de ses talents dès la première minute. Se lever, sortir les poubelles, perdre le lien familial et semer des cadavres… Le quotidien reste le même ou presque.

On sent le film porté par son esprit régressif, voire enfantin, dans lequel tout le monde doit en faire des tonnes et s’éclater. Odenkirk traîne sa fatigue et sa lassitude jusqu’à rendre la violence banale et ennuyeuse pour le personnage – moins pour le spectateur heureusement – ; Christopher Lloyd, pourtant usé, semble savourer chaque minute d’écran ; RZA a droit à une séquence complètement perchée et Sharon Stone réinvente la notion de surjeu gênant. Mais la grande gagnante de cette montée de curseur générale reste Connie Nielsen dans un rôle bien plus proactive que dans le précédent.
Tout le monde se lâche avec pour seul mot d’ordre d’assurer le divertissement. Une envie de faire plaisir et de se faire plaisir communicative qui parvient à faire passer la pilule sur presque tout. On pardonne ainsi un scénario qui vole toujours aussi bas, les invraisemblances à foison et tous ces moments où le n’importe quoi nous hurle sa présence à l’oreille. Mais est-ce que ça compte vraiment si tu t’amuses ? Certes non.

Timo Tjahjanto, pas un Nobody
Le principal changement entre cette suite et son prédécesseur est l’arrivée de Timo Tjahjanto aux commandes de la mise en scène. Le remplaçant d’Ilya Naishuller s’est fait un nom avec un mortel The Night Comes for Us et on ne pouvait que se réjouir de le voir prendre en main Nobody 2.
On sent rapidement son talent sur les séquences d’action. L’espace est plus large, le nombre de plans se réduit et chaque scène fait bien attention à différer des autres. Le moindre nouveau décor possède sa chorégraphie, ses objets, son environnement, et sa manière de fusionner le tout. À l’image de ses acteurs, le réalisateur ne manque pas d’épouser la bonne ambiance en transformant un parc d’attraction en remake violent de Maman, j’ai raté l’avion ou un jeu de la taupe en tape-tête.

À ce niveau, la principale frustration vient de l’obligation du film de rester dans les clous de l’hémoglobine. La violence est constante, mais retenue. À quelques exceptions, les actes les plus gores restent dans le hors champ alors qu’on sent bien l’envie d’en montrer davantage. On en espère presque une version Director’s Cut délaissée de tout politiquement correct visuel.
Est-ce que Nobody 2 marquera plus les esprits que son prédécesseur ? Sûrement, parce qu’il est plus réussi sur tous ses aspects. Une vraie suite qui a compris ses forces et qui sait comment les accentuer, notamment avec un réalisateur plus taillé pour le projet à la barre. Néanmoins, on a toujours du mal à voir comment la franchise pourrait se développer et connaître un véritable succès. Il parvient à obtenir facilement notre sympathie, sans apporter une plus-value au genre.
Le film assure la carte du divertissement, mais se contente peut-être un peu trop de n’être que cela, nous faire passer un bon moment et puis s’en va. Il n’a pas assez de richesse, d’ambition ou d’originalité pour tenir la durée. Tout porte à croire que si la saga devait s’arrêter là, elle serait très rapidement oubliée au sein d’un marché qui ne manque pas de productions de ce calibre, surtout sur les plateformes. Un fait dont il paraît ouvertement se moquer pour rester à sa place de film fun et bourrin de l’été. Ce n’est déjà pas si mal.
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