Avec sa saga The Haunting ou sa Chute de la Maison Usher, Mike Flanagan s’est forgé une réputation de solide artisan de l’horreur télévisuelle. Depuis 2018, le créateur et réalisateur gratifiait Netflix de productions captivantes, ou au moins assez sincères et touchantes pour que l’on ne puisse pas passer à côté. Il était toujours question de raconter la mort, à travers le regard de ceux qui vivent encore.
Des fantômes qui bousculaient des héros déjà chancelants, des figures intangibles qui incarnent des traumatismes passés dont il faut se défaire (ou pas). À bien des égards, son imaginaire rappelait celui de Stephen King, dans la manière qu’il a de faire résonner l’humain dans le fantastique.
Ce n’était plus qu’une question de temps avant que Flanagan ne s’empare d’un récit de l’auteur américain pour le transposer sur le petit ou le grand écran. Il va faire les deux. En attendant sa série Carrie pour Prime Video, le metteur en scène s’empare d’une nouvelle beaucoup moins illustre et.. effrayante. On ne l’attendait pas vraiment là.
“Merci Chuck !”
Résumer Life of Chuck est sans doute aussi difficile que de résumer la vie elle-même. Pour ne rien gâcher de la surprise, on dira simplement que le récit est découpé en trois parties distinctes, évoluant autour de son héros à différentes étapes de sa vie.
L’ouverture suit un certain Marty Anderson, professeur de lycée qui voit le monde courir à sa perte. Depuis plusieurs mois, le réseau internet fait des siennes et de nombreuses catastrophes naturelles font de la Terre un lieu de plus en plus hostile. Au milieu de ce chaos, Marty découvre un panneau publicitaire qui remercie un certain Chuck. Mais qui est-il ?

La naissance, la mort… et tout ce qu’il y a entre les deux. Dès ses premiers instants, le film de Mike Flanagan plante le décor de sa réflexion profondément humaine. Avec The Haunting ou encore The Midnight Club, Flanagan prouvait qu’il était capable de se frotter au drame autant qu’à la comédie. Les enjeux humains étaient le moteur de son récit, c’est précisément là que son horreur trouvait sa force. Loin des fantômes, le réalisateur parvient-il à séduire de la même manière ?
Oui, et pour plein de raisons. D’abord, Flanagan sait tirer profit du découpage de l’histoire dont il s’inspire. Les trois chapitres permettent au cinéaste de jouer avec les attentes de son auditoire et d’offrir un métrage aux multiples facettes. D’abord récit catastrophe intriguant, qui n’est pas sans rappeler Black Mirror, le film se meut en conte enchanteur et chanté sur la beauté des rencontres et du hasard avant de terminer sur une réflexion plus métaphysique autour du destin.
Juste la fin du monde…
L’ouverture est particulièrement réussie en ça qu’elle convoque des mécaniques a priori éculées pour mieux les réinventer. L’imminence d’une catastrophe d’ampleur devient le terrain de jeux d’une exploration des relations humaines, à des questionnements sur la fatalité. On y dépeint aussi une agonie lente et douce de notre planète bleue.
Ici, les héros ne fuient pas la région dans un immense pickup en évitant les astéroïdes et les boules de feu, on nous montre des soignants désarmés quand leurs collègues plient bagage, des professeurs démunis face au lâcher-prise de leurs élèves, en bref, une humanité en quête de sens quand il n’y a qu’une direction à emprunter : celle qui nous mènera vers la fin.

Loin d’être un accessoire, cette entrée en matière frappe par son écriture minutieuse. Les performances de Chiwetel Ejiofor et Karen Gillian ne sont pas étrangères à cette réussite, ils parviennent sans peine à donner corps aux enjeux dramatiques et, en quelques minutes, nous tirent les larmes.
La mort après la vie
Une fois cette introduction passée, le film s’attardera à raccorder les moments importants de la vie de Chuck, multipliant les réminiscences du passé et du futur. Le film jongle habilement entre ces personnages et temporalités pour s’imposer comme une chronique sensible et magique. D’un moment hors du temps avec Tom Hiddleston à des conversations passionnantes entre Mark Hamill et l’attachant Benjamin Pajak, Life of Chuck n’a pas peur de s’éparpiller pour mieux revenir au cœur de son sujet : la vie, celle que l’on n’a pas encore vécu, que l’on n’aura jamais l’occasion de vivre et surtout celle que l’on savoure.
Si le film se laisse parfois aller à la mièvrerie et au mélodrame, il apparaît comme une catharsis nécessaire. La voix de Nick Offerman (The Last of Us), rieuse et en décalage avec les événements, permet à cette histoire de ne pas trop sombrer dans son envie de faire pleurer dans les chaumières, de contrebalancer la solennité de certains moments. La musique de The Newton Brothers réussi particulièrement bien à encadrer ces séquences plus ou moins émouvantes, à donner aux dialogues une nouvelle résonance. Si la partition des deux frères n’est pas des plus inspirées, elle s’impose elle aussi comme réconfortante dans un océan de propositions tonitruantes.

Tandis que l’immortalité reste un but à atteindre pour l’Humanité, Life of Chuck rappelle qu’une histoire n’est jamais aussi belle que quand elle a une fin, aussi douce-amère soit-elle. C’est aussi un peu le cas ici, quand, dans ses derniers instants, le film lève le dernier mystère qui planait sur cette histoire singulière.
On est un peu déçu, on aurait sans doute préféré que le film laisse aux spectateurs le soin d’imaginer la suite, mais on quitte l’obscurité d’une salle de cinéma avec l’agréable sensation d’avoir vécu au travers de Chuck. On a exploré son monde et pour ça, on lui dit “Merci Chuck, pour ses 111 merveilleuses minutes “.
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