House of the Dragon approche dangereusement de sa fin. Cinq ans après son lancement, le premier spin-off de Game of Thrones n’a plus que deux saisons pour conclure son intrigue sur la guerre civile qui oppose les Noirs et les Verts. Dès ce lundi 22 juin, la production HBO Max doit entrer dans le vif du sujet et proposer, selon les propos de la chaîne, la plus grande bataille jamais immortalisée à Westeros. En mer, sur terre et dans le ciel, les deux clans Targaryen se battent sur tous les fronts pour asseoir leur favori sur le trône. Si les audiences de House of the Dragon sont plutôt bonnes, les critiques plutôt enthousiastes, la petite sœur de GOT peine à créer l’événement comme son aînée. Un constat qui tient plus à l’état du panorama audiovisuel qu’à la pertinence du récit proposé par Rian Condal. Oui, House of the Dragon n’arrive pas à la cheville de Game of Thrones… et aucune série n’y parvient (pour le moment).
La série d’une décennie
Lorsqu’elle se lance sur nos écrans en 2011, Game of Thrones explore un genre que la télévision n’a jusqu’alors que très peu exploité. La fantasy a connu de belles heures dans les salles obscures, mais n’avait encore jamais pris possession du petit écran. Il y a bien eu des tentatives, comme la série Merlin de la BBC ou encore Xena la Guerrière, mais rien d’assez massif pour rivaliser avec le succès et l’impact culturel du Seigneur des anneaux et même d’Harry Potter sur le grand écran. HBO a eu le nez creux en s’emparant de l’imaginaire de George R.R. Martin pour raconter la guerre de pouvoir entre les différentes familles de Westeros. Game of Thrones avait moins à voir avec les aventures épiques et optimistes de Frodon que des récits politiques fatalistes. Une approche qui lui a permis de se rendre accessible à tous, même ceux que les dragons n’intéressent pas particulièrement.

Résultat, rien qu’aux États-Unis, la saison 1 affiche une moyenne de 2,5 millions de téléspectateurs. À cette époque, les adorateurs de Daenerys, Jon ou Tyrion doivent se brancher le dimanche soir sur la chaîne linéaire. En France, comme ailleurs dans le monde, il faut attendre le lundi soir pour découvrir les épisodes sur OCS. Pendant huit ans, il s’agira donc de jouer au chat et à la souris avec les spoilers. Sur les réseaux sociaux, certains adoptaient des subterfuges pour ne pas tomber sur des images ou des informations sensibles. Dès le mardi matin, à la machine à café, tout le monde n’avait que le nom de Game of Thrones à la bouche. Qu’il s’agisse du “Red Wedding” ou de la “Bataille des Bâtards”, la série de David Benioff et D.B Weiss a livré certains des épisodes les plus marquants de l’histoire de la télévision.
Preuve s’il en fallait une de l’importance de Game of Thrones pour la culture mondiale, des centaines de milliers de vidéos de réaction à la mort de Robb et Caitlyn Stark ont été partagées sur YouTube. C’est un phénomène culturel rare, de ceux qui dépassent les frontières et qui s’imposent dans le temps. Pendant dix semaines, le monde entier (ou presque) vivait au rythme de la diffusion de Game of Thrones. Dix ans plus tard, le phénomène House of the Dragon est limité à quelques semaines… et quelques adeptes. Game of Thrones était la dernière série regardée par tout le monde et …au même moment.
Fin d’une époque
Derrière cette difficulté à faire éclore un phénomène culturel de cette ampleur en 2026, il y a bien plus que des considérations esthétiques ou narratives. D’aucuns pourraient penser que c’est la qualité de House of the Dragon qui l’empêche de tutoyer des sommets. Non, le problème se trouve dans un premier temps du côté de l’abandon progressif du linéaire au profit de la vidéo à la demande.
Lorsque les premiers épisodes de GOT ont été proposés, Netflix n’a pas encore conquis la planète avec son modèle de streaming par abonnement. La grille américaine et française rassemble tous les spectateurs sur un temps donné, créant une connivence chez les fans. Ils sont tous au même endroit au même moment, vivent les émotions en même temps. Le N rouge a participé à la mutation des usages en proposant tous les épisodes d’une saison en même temps.

Ainsi, les spectateurs les plus motivés enchaînent les chapitres à un rythme effréné, tandis que d’autres prennent plus de temps pour atteindre le final. Dès lors, sur les réseaux sociaux, le sentiment de communauté est entaché par l’immédiateté du procédé. House of the Dragon a beau reposer sur une diffusion hebdomadaire, être proposé sur HBO aux États-Unis, le public n’est plus prompt à attendre sept jours entre deux chapitres. Nombreux sont ceux qui patientent jusqu’à la diffusion du grand final d’une saison avant de se lancer. Le bruit médiatique s’en retrouve limité.
C’est d’autant plus vrai que les productions ambitieuses, comme Game of Thrones, ça court les rues en 2026. Les plateformes et chaînes rivalisent de moyens pour attirer les regards, dépensent de coquettes sommes pour faire de leurs productions des blockbusters télévisuels que rien n’arrête. Rien que cette année, on a eu droit à la conclusion de The Boys, la série A Knight of the Seven Kingdoms, Stranger Things saison 5, Fallout et on aura bientôt Les Anneaux de pouvoir et Vision Quest. House of the Dragon, indépendamment de sa qualité, n’avance pas seule et doit rivaliser avec des imaginaires aux ambitions similaires aux siennes. La culture geek est omniprésente et chaque semaine ajoute de nouvelles séries à la déjà très longue liste de choses à voir.
Un avenir plus radieux ?
Si House of the Dragon n’a pas la réputation de Game of Thrones, d’autres séries sont parvenues à créer la surprise. En 2021, au sortir du covid, Squid Game s’était, par exemple,imposée comme un géant du streaming par abonnement. La première saison a dépassé les 265 millions de vues en seulement 90 jours. Des chiffres qui font passer GOT pour une petite joueuse, du moins si l’on se limite à l’analyse de ses statistiques en linéaire. Mais l’impact culturel des aventures de Gi-Hun reste limité, à une période de trois ans. La série a participé à faire connaître les K-dramas à travers le monde, mais a vu ses audiences chuter drastiquement avec sa deuxième et sa troisième saison. Un an après la diffusion du final, à la machine à café, la série n’est pas régulièrement mentionnée comme l’était Game of Thrones.

On pourrait tout de même dire que le N rouge est parvenu à émuler un succès se rapprochant de celui de GOT avec Stranger Things,mais pas au même degré. En cinq saisons, la série s’est forgé une solide communauté. Elle est devenue l’emblème de Netflix, a participé à donner la fièvre nostalgique à tout Hollywood. Les aventures de Mike, Eleven et leurs amis s’imposent évidemment comme la série de la décennie 2020. Mais là encore, l’écho est modéré.
Et si le véritable phénomène télévisuel se trouvait à portée de mains ? La série Harry Potter d’HBO Max pourrait avoir les épaules pour prendre la relève de Game of Thrones, pour marquer un précédent dans la pop culture mondiale. Pas par son approche inédite, mais par la réputation des sagas littéraires et cinématographiques qui l’ont précédé. Peut-être que le petit sorcier d’HBO Max parviendra à recréer un phénomène comparable. Mais l’époque où une série pouvait monopoliser à elle seule les conversations pendant deux mois semble désormais révolue. Et puis, s’il y a bien une chose que la sortie du Seigneur des anneaux : les anneaux de pouvoir nous a apprise, c’est à ne pas parler trop vite et à proclamer une série “le nouveau Game of Thrones”.
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