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Le smartphone pliable est à nos portes, mais en a-t-on vraiment besoin ?

Smartphone

Par Henri le

Souvent présentés comme la grande révolution à venir sur nos smartphones, les écrans pliables sont devenus une arlésienne avec le temps. Pourtant, tout semble s’être accéléré en cette fin d’année avec la présentation de deux modèles de ce type.

Le Royole FlexPai

Alors qu’une grande partie des constructeurs travaillent encore sur leurs appareils, c’est le méconnu Royole et son FlexPai qui a dégainé le premier.

Un produit en demi-teinte, doté d’un écran de 7,8 pouces une fois déplié et d’une puce Snapdragon 8150, le haut de gamme de Qualcomm de l’année prochaine… Cette étrange tablette a donc profité de la précocité de son annonce pour se démarquer, mais c’était bel et bien Samsung qui était attendu au tournant lors de sa dernière conférence développeurs.

Le coréen en a en effet profité pour présenter le Galaxy F (un nom provisoire) et son écran Infinity Flex lui permettant de se refermer entièrement sur lui-même. Même si ce modèle n’est pas finalisé, force est de constater qu’on s’attendait à un peu mieux. Fermé il ressemble à un smartphone de 4,6 pouces (en 21 :9) un peu épais, ouvert, on retrouve une tablette de 7,3 pouces au format peu commun de 5:7. Samsung a par ailleurs tenu sa présentation dans la pénombre ce qui n’a pas aidé à se faire une idée précise du design actuel.

La firme a évoqué la prise en charge de plusieurs applications s’exécutant simultanément dans une seule fenêtre via une fonctionnalité appelée Multi Active Window. Les rumeurs indiquent qu’il sera lui aussi équipé d’un Snapdragon 8150 (gravé en 7 nm), une bonne quantité de stockage ainsi qu’une grosse batterie de 6000 mAh. L’agence de presse Yonhap News Agency estime qu’il sera vendu à un tarif avoisinant les 1500 euros. Autant dire qu’il vise un public féru de nouvelles technologies.

DJ Koh, le CEO de Samsung mobile a évoqué les promesses de l’appareil, qui a nécessité près de quatre ans de travail. Mais ses dires semblent au contraire pointer les limites de ce dernier.

« J’ai besoin d’avoir la certitude que nous offrons la meilleure expérience utilisateur lorsque nous lançons une nouvelle catégorie »

Cette phrase résonne étrangement après la découverte d’un smartphone, qu’on attendait plus esthétique. Biberonnés aux rendus d’artistes depuis des années, les amateurs de smartphone s’attendaient en majorité à quelque chose de plus fin et borderless, du moins en mode portable. Le teasing sur le smartphone/tablette nommé « Youm », diffusé lors du CES 2012 promettait beaucoup plus.

Mais pas seulement. Dans la tête des clients, l’écran pliable allait de pair avec des fonctionnalités innovantes. DJ Koh l’avait d’ailleurs annoncé à nos confrères de Cnet, précisant que le Galaxy F devait être plus qu’un simple téléphone.

« Quand nous proposerons un smartphone pliable, il devra avoir un véritable sens pour le consommateur. »

Lorsqu’il présente son iPhone en 2007, Jobs n’introduit pas simplement un écran multitouch, il redéfinit l’utilisation d’un appareil autrefois conçu presque exclusivement pour téléphoner. On se doute bien que cette technologie ne vise pas ce niveau de révolution (Apple s’est largement assagi en termes de création au fil des années), mais elle semblait porter en elle une idée forte. Une hybridation des genres capable de redonner un sens au format tablette, en déclin depuis des années.

On a ici l’impression que les constructeurs nous laissent nous débrouiller seuls, comme s’ils nous laissaient le soin d’inventer nos propres usages.

Certains détails techniques nous inquiètent aussi. Ce type d’écran rend plus difficile l’application d’un revêtement de protection. ETNews a d’ailleurs récemment rapporté que le coréen a fait l’impasse sur le Gorilla Glass, qui en est actuellement à sa sixième génération.

SamMobile affirme que la firme aurait opté pour un polyimide transparent, qui confère une meilleure flexibilité, mais un niveau de protection bien inférieur. Quand on sait que l’appareil est amené à être plié de nombreuses fois, et donc à confronter deux parties l’une contre l’autre, on peut légitimement se demander si l’écran tiendra bien dans le temps.

On ne cache d’ailleurs pas notre intérêt en ce qui concerne les écrans plus grands, qui ne nécessiteront pas d’être manipulés aussi souvent, et profiteront grandement de cette avancée (rangement, usages nomades).

On peut certes se rassurer en se disant qu’il s’agit d’un modèle non-fini. Samsung a ainsi initié le développement de ce type de technologie à grande échelle, et la réponse de son concurrent pourrait nous étonner dans le bon sens. Mais en l’état actuel des choses, ce genre d’appareil nous parait déjà en retard sur nos smartphones, devenus phablettes en rognant agressivement sur le ratio dalle/écran. Aux constructeurs de nous donner tort.