Dossier

Epic Games VS Apple : les moments forts de la première semaine du procès

Business

Par Elisa Rahouadj le

Alors que la deuxième semaine de procès est sur le point de commencer, on vous propose de connaître l'avancement de celui-ci jusq'à présent.

© Epic Games

Le paysage médiatique de cette semaine a été largement influencé par l’un des événements juridiques les plus importants de l’industrie vidéoludique de ces dernières années. En effet, le procès qui oppose Epic Games a Apple a démarré. Dans ce dossier, on vous propose un récapitulatif de tout les moments forts de cette première semaine de procès qui s’est conclue ce jeudi 6 mai alors que la deuxième semaine est sur le point de démarrer.

Comment tout a commencé entre Apple et Epic Games ?

Pour vous rappeler le contexte de ce procès, il faut retourner en août 2020. À ce moment-là, Epic Games sort une nouvelle mise à jour de Fortnite sur toutes ses plateformes. Cependant, sur la version mobile, un petit changement interpelle les joueurs. Le jeu leur propose désormais de payer leurs achats soit directement à Epic Games, soit en passant par l’App Store ce qui a pour effet d’augmenter le prix de l’achat en question. Apple a immédiatement réagi à la situation, comprenant très vite qu’Epic Games avait contourné les règles de l’App Store en proposant des achats directs et ainsi éviter de payer la commission.

Depuis, Fortnite a disparu de l’App Store, et Epic Games a poursuivi Apple pour pratiques anti-concurrentielles. Après des mois de préparation pour les deux parties, le procès a finalement été ouvert lundi 3 mai et pour une durée de trois semaines. Au total, plus d’une centaine de documents ont été rassemblés par les deux parties. Il s’agit d’un procès sans jury, le but est donc de convaincre la juge.

Un premier jour chaotique et introductif

Le tout premier jour du procès entre Apple et Epic Games ne s’est pas déroulé de la manière escomptée pour les deux parties. En effet, celui-ci a pris plusieurs dizaines de minutes de retard suite à un « incident technique ». Cet incident était en réalité lié à une ligne téléphonique ouverte qui permettait à n’importe qui le voulait d’écouter le procès. Cependant, toutes les lignes n’ont pas pu être mises sous silencieux immédiatement, ce qui a eu pour effet de faire entendre dans tout le tribunal une centaine d’enfants scander la phrase fétiche d’Epic Games « Free Fortnite ». Elle avait en effet été utilisée dans un spot publicitaire à la suite du bannissement du jeu de l’Apple Store dans une ambiance inspirée de 1984 de George Orwell.

Après cet incident, les premières joutes verbales ont pu avoir lieu. Tim Sweeney, CEO d’Epic Games, a encore une fois déclaré qu’Apple avait un comportement anti-concurrentiel et forçait le monopole sur ses appareils. Il est même allé jusqu’à dire qu’Apple se faisait plus d’argent en vendant des applications que les développeurs de celles-ci.

De son côté, Apple s’est défendu en rappelant que les 30 % de commission sont bien basés sur les standards financiers de l’industrie. Ils font toutefois mauvaise mine par rapport aux 12 % de commission que prend Epic Games avec son Epic Games Store sur PC. Si ce chiffre est aussi élevé, Apple explique que son écosystème fermé donne à ses utilisateurs plus de sécurité et plus de performance. L’entreprise a même précisé que « nous ne voulons pas être Android ».

Ce que l’on a appris sur le fonctionnement de l’industrie vidéoludique

Grâce aux nombreux documents déposés par les deux parties, on a pu en apprendre beaucoup sur le fonctionnement de ces deux entreprises, mais aussi de toute l’industrie vidéoludique. On a pu entrevoir l’envers du décor en ce qui concerne la partie financière. Par exemple, très tôt dans le procès, il a été révélé que Fortnite est la poule aux œufs d’or d’Epic Games. Malgré son exploitation de l’Epic Games Store, ou encore ses autres franchises, Fortnite reste le plus gros gagne-pain de l’entreprise avec plus de 9 milliards de dollars de revenus générés en deux ans. Cependant, la version iOS ne représente que 7 % de ces revenus, une des plus petites parts, la plus grosse revenant à la version PlayStation qui représente 46,8 % de ces ventes.

De son côté, il est estimé qu’Apple générerait près de 78 % de marge grâce à l’App Store. Il a d’ailleurs été révélé que l’App Store avait généré près de deux fois plus que ce que Steve Jobs avait estimé dans ses premières années. C’est dire à quel point l’App Store est extrêmement important pour Apple en termes de revenus.

Dans d’autres documents, à savoir des mails, il a été dévoilé qu’Apple prévoyait de baisser son taux de commission depuis 2011. Cependant, l’entreprise ne l’a jamais fait. Cette preuve en particulier pourrait remettre en cause la bonne foi d’Apple concernant son taux actuel de 30 % puisque l’entreprise elle-même a déclaré que cette situation ne pourrait pas durer. Est-ce un aveu que la commission est donc trop élevée, comme le souligne Epic Games ?

Consoles et mobiles : concurrents ou pas ?

Le gros débat qui a animé les deux derniers jours de cette semaine a impliqué toute l’industrie vidéoludique via deux angles différents : les constructeurs consoles et les constructeurs mobiles. Tim Sweeney a toujours voulu séparer les deux sphères et ce bien avant le procès. Cependant, Apple n’est pas du même avis puisque l’entreprise reproche à Epic Games de ne pas avoir fait de procès contre Sony ou Microsoft pour la même raison puisque leurs commissions sont exactement les mêmes que celles d’Apple. Epic Games s’en est défendu en expliquant que les domaines mobiles et consoles sont intrinsèquement différents parce que les consoles ont une partie hardware bien plus aboutie et bien plus coûteuse. De plus, Apple a fait remarquer que l’écosystème de Sony avec PlayStation était bien plus fermé que l’écosystème iOS. Apple en veut pour preuve le fait que Sony demande une compensation pour les actes de cross-play et de cross-buy, ce qu’Apple ne fait pas.

Si Tim Sweeney a confirmé cette information lors du procès, le CEO avait plus d’un tour dans son sac pour venir à bout d’Apple. Lori Wright, qui représente Microsoft pour Epic Games, a déclaré que l’entreprise ne considère absolument pas Apple comme un concurrent dans le domaine du gaming. En effet, selon elle, les joueurs sur consoles ont de toute façon un téléphone en parallèle, ce qui signifie que l’un ne se substitue pas à l’autre car ils ne remplissent pas les mêmes fonctions primaires. Ce témoignage a aidé Epic Games puisque cela signifie que les revenus sur une plateforme ne se substituent pas à ceux d’une autre.

Le cloud-gaming remis en cause

Aashish Patel, qui travaille chez Nvidia, a quant à lui évoqué le fait que Fortnite pourrait bien revenir sur iOS dès octobre, via le service de cloud gaming GeForce Now. Cette nouvelle a d’ailleurs soulevé d’autres interrogations et débats autour du cloud gaming. En effet, il semblerait qu’Apple mette des bâtons dans les roues aux services de cloud gaming sur son store puisqu’ils doivent proposer chaque jeu indépendamment, contrairement aux services de streaming vidéo qui peuvent proposer tous leurs films et séries au même endroit. C’est pour cela que GeForce Now ou encore xCloud de Microsoft sont accessibles via des navigateurs internet et non grâce à une application native.

Cependant, et malgré tous ses arguments, il semblerait qu’Epic Games ait du mal à prouver les faits d’anti-concurrence selon les experts. Il ne reste plus qu’à voir comment va se passer cette deuxième semaine de procès pour les deux parties.