Dossier

Flop ciné 2018 : les 15 films qui ratent le coche

Cinéma

Par Benjamin Benoit le

Mauvais nouvelle. Ce n’est pas la science-fiction qui a particulièrement brillé en 2018. Disney achète tout, monopolise toute l’industrie du divertissement, la créativité se meurt, place à l’ère des reboots.  En attendant, les pires films de l’année sont plus mauvais qu’irritants, parfois issus de processus de production compliqués, interminables ou suspects.

Une remarque à prendre en compte, encore une fois : ce top est purement personnel, et ne concerne que les films que j’ai vu cette année. Par exemple, je n’ai pas eu le courage d’aller voir A Wrinkle In Time qui, j’en suis sûr, aurait automatiquement atteint les sommets de ce top. Euh, garçon, y’a un monsieur dans ma salade.

15) Ocean’s 8

Vous lisez les élucubrations d’un zélote de la saga Ocean, et un fan de films de casse en général. Deux trucs que Gary Ross n’a pas l’air d’être. Où il est ton film de casse Gary ? Nulle part parce que t’as rien vu ou rien compris, tout en singeant la structure du premier, ce qui porte Ocean’s 8 dans la catégorie des ratages quantiques. Scénario et personnages nuls plombent ce petit doigt d’honneur à Soderbergh. 

14) Okko Et Les Fantômes

C’est toujours un crève-coeur de mettre un film d’animation japonaise dans ce classement, mais encore une fois, c’est philosophiquement une bonne chose de voir de plus en plus de productions variées en genres et en qualité arriver jusqu’à nos écrans. Vous aimerez peut-être, plein d’enfants aimeront et ont sans doute aimé, grand bien leur fasse. Mais Okko a été le gros blocage de cette édition d’Annecy. Assez moche (c’est très objectif mais on dirait que le film veut rendre hommage à cette horrible période de transition du tout début des années 2000) et à la morale bizarre sur la contrition et le pardon (objectif, toujours), le film ne capte le potentiel de son intrigue que dans les deux dernières scènes. Un peu trop tard…

13) Les Crimes de Grindeltruc

Lisez un autre livre, allez voir un autre film, réalisez d’autres films, faites une balayette à David Yates qu’il arrête le massacre. Vous vous rendez compte qu’il y a encore trois films de prévus sur un matériau de base aussi fin et inintéressant ? Il faut passer à autre chose. Les Animaux Fantastiques-sans-animaux-fantastiques est flou en diable, super avare en informations et ne fait que poser des pistes à vitesse d’escargot pour la suite. 

L’opportunité était donnée de montrer un peu plus le monde magique français, il n’en est rien. Ce film est odieux dans sa manière de prendre son temps, il est tant en concurrence avec son propre héritage qu’il vient faire une pause d’une demi-heure à Poudlard. Une cash machine cynique qui a perdu sa créativité. Et pour les thématiques soulevées, vous pouvez relire ou revoir l’Ordre Du Phoenix (Meilleur livre, pire film, non ?)

12) Sicario La Guerre des cartels

C’est plus par Denis Villeneuve, c’était un gros avertissement. Sicario 2 n’a rien à voir avec son frère spirituel, c’est même beaucoup moins bien – ce film adopte des mécaniques sérielles qui le rendent tout nul, incohérent, et qui font rétrospectivement tâche sur le premier film, au demeurant très réussi. Maintenant, Sicario, c’est plat, tout simple, et si tu y réfléchis, ça n’a plus aucun sens (ce film nous apprend qu’une balle dans la tête n’est plus si grave, on s’en sort avec un petit bandage). Sicario était un tour de force formel et thématique et on y retrouve les bonnes scènes pompées par le 2 qui, lui, fait série TV automatique bas de gamme. C’est normal, il est écrit tel quel.

11) Ready Player One

Si vous espériez le voir dans l’autre liste, navré. Il partait de loin : le livre original est assez vilain. Je peux comprendre l’engouement autour, je peux comprendre ce que les fans peuvent voir dans ce film. Tout le monde a d’excellents arguments et j’aimerais voir tout ça dans ce film.

Mais il est si difficile d’occulter que Ready Player One est plastiquement hideux. On dirait un mélange entre Arthur de Luc Besson et la direction artistique de Jimmy Neutron. Oui, c’est une fresque épique qui déploie des moyens d’ampleur. Une fresque vraiment très laide et prévisible. Oui, c’est grand. Et moche. Mais grand. Mais vraiment très moche. Cette grandeur s’articule toujours à des clichés bêtes et méchants – clichés narratifs et de personnages. L’abondance de références forcées, ce gloubiboulga pop-culturel n’est même pas le problème principal. Non, Ready Player One n’est pas un hommage géant, mais une régression dans le medium divertissement.

Allez Steven, refait du Tintin. T’étais sublime dedans, tu y mettais toutes tes obsessions plastiques et formelles, tu rendait cette saga encore plus intéressante. S’il te plaîîîîît.

10) Avant que nous disparaissions

Ça devient un peu n’importe quoi la distribution du film live japonais en France. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un festival dédié près de chez soi (bientôt le Kinotayo pour les parisiens) et certains distributeurs, comme Eurozoom, importent ardemment des objets inédits et hybrides. Parfois un peu trop et Avant que nous disparaissions ressemble à un vilain fond de tiroir. Jumelé avec Invasion, série remontée pour le cinéma étranger, ce film raconte l’histoire d’aliens qui viennent voler nos sentiments et nos « concepts ». Ils ont laissé l’ennui ferme dans le lot, c’est dommage. L’un des films les plus nébuleux et lénifiants de l’année.

9) Gaston Lagaffe

C’est bizarre, ça aurait fait une super BD.

Pas une catastrophe mais tout de même un très mauvais film donc un massacre prévisible du matériau de base qu’on sait tous démentiel. Pas grand-chose à dire, sinon :

  • Les rôles principaux qui ne sont pas PEF se donnent à fond et on est à deux doigts de partager leur enthousiasme
  • La lumière est nulle dans ce film, le chef op était surement coincé chez Jules-de-chez-Smith-en-face
  • La chanson de fin est abominable et il faut à tout prix arrêter ce réflexe. « Wesh je suis Gaston j’aime bien dormir c’est la chanson de Gaston, ça c’est pas du biceps en papier ».
  • Hommage à La Bande Son La Plus Chiante De L’Année.

8) Venom

Ce film est coincé dans cette terrible zone de films mauvais, mais juste mauvais sans aspérités. Pas « mauvais dantesque », juste inintéressant. Tom Hardy ne sauve pas un divertissement très typé début des années 2000, avec origin story, mécanique d’ex à reconquérir, laboratoire secret et méchant très méchant. On ne pourra le resituer temporellement qu’avec la parodie d’Elon Musk, et les effets spéciaux sympathiques mais trop rares. Hardy gigote, fait un bon duo comique avec son symbiote, et il y a un roulage de patin mémorable. Sinon, rien à signaler. Le plus intéressant étant le teaser de cinq minutes de Spiderverse à la fin du générique (le film grignote ainsi un quart d’heure entier, malin)

7) Searching

Vous êtes peut-être passés à coté de ce concept rigolo, du moins sur le papier : Searching est un film d’enquête où tout ce qu’on voit se fait à travers la capture d’un écran d’ordinateur, puis d’autres écrans. Toute sa diégèse et sa narration se font via des captures vidéo d’écrans. Une fille se fait enlever, son papa enquête. On trouve donc toutes les excuses du monde pour montrer des SMS, des found footages, des vidéos de caméra de surveillance. Sur une serviette ça fait un dispositif rigolo mais ça en fait aussi l’objet le plus anticinématographique du lot : pour une fois, vous pouvez le découvrir dans le bain ou dans un avion, aucun regret à avoir. On part donc de très bas, avec très peu d’ambition, et le film est condamné souligner très très lourdement tout ce qui doit capter votre attention. Ce qui le rend horriblement prescriptif, donc neuneu et prévisible. Un point rigolo tout de même : vous aurez tout deviné à mi-chemin si vous savez reconnaître une stock photo. Et je sais que c’est le cas.

6) Hotel Transylvannie 3

Son créateur, Genndy Tartakovsky, est un ponte américain du monde de l’animation, certes. Et les références sont évidentes dans HT3 : les dessins animés Hannah Barbera et une culture populaire datée. À la fin, des personnages font une battle musicale entre Tiestö et la Macarena. Au secours les amis. Hotel Transylvannie 3 ne m’a pas arraché le moindre sourire en une très très longue heure trente et surnage dans une zone de non-droit : il fait un peu semblant d’être créatif. En agitant les bras partout pour accaparer notre attention, mais scénario, gags visuels ou dialogues, on n’y trouve rien de drôle ou d’intéressant. Juste des gens qui jactent jactent jactent jactent dans tous les sens, qui se rentrent dedans, comme pour détourner l’attention sur la vacuité du reste du métrage.

5) Hotel Artemis

Tout, dans ce film, sent le Direct To Video. Le casting, la photo, l’affiche, même le format du film fait production désespérée à télécharger sur la plate-forme VOD de TF1, en bundle avec Bad Buzz.

4) Solis

Vu aux Utopiales, le budget de ce fim doit environ correspondre à l’assiette catering de Gravity. Un mec seul dans l’espace, mais aussi seul au casting. On va passer une heure et demie en sa seule compagnie, n’évoluant pas dans un unique décor. Il joue mal, il ne se passe pas grand chose, l’ennui traverse le temps et l’espace, les contraintes s’accumulent. Il n’y a plus d’oxygène, le soleil s’approche, l’herbe colle trop. L’expérience devient sensoriellement pénible. Et le film, déjà avare d’une introduction, nous prive de conclusion. Tout ça pour rien, et « tout ça » c’était déjà très très peu.