Test

[Gonzo-TEST] J’ai joué 30 jours à Age of Empires : Castle Siege, et je suis tombé en dépression [PC]

Par Fabio le

Il fut un temps où Age of Empires était une série de jeux de stratégie intéressante, populaire et même jouée dans les plus grandes compétitions. Il fut un temps.

Castle Siege 1

30 jours de jeu où j’ai sacrifié une partie de ma dignité devant les railleries de mes collègues, qui riaient à gorge déployée chaque fois qu’ils passaient devant mon écran. Oh, il y a bien quelques moments où je me surprenais malgré ça à lancer le jeu discrètement – quand ils partaient déjeuner – et à m’extasier devant ma nouvelle caserne ou ma nouvelle écurie… mais tout est retombé si vite. De cette expérience traumatisante, j’en ai gardé un immense chagrin et quelques lignes écrites maladroitement sur un vieux cahier défraîchi. Les voici.

JOUR 1

Age of Empires est une série qui m’a accompagné (pour ne pas dire « a meublé ») mes longues années à l’université, alors imaginez ma déception de voir que la série, anciennement extrêmement populaire sur nos PC, était aujourd’hui développée pour Windows Phone (et Windows 8, mais ça fait plus jeu mobile qu’autre chose). Imaginez ma déception en apprenant que le jeu était un free-to-play type Clash of Clans. Et imaginez ma déception en découvrant que le nom de compte qui m’avait été attribué était BœufGagnant17. Bœuf-Gagnant-17.

JOUR 2

BœufGagnant17, quand même.

Devant toutes les déceptions de la veille, je n’ai pas eu le courage d’écrire sur ma première expérience de jeu. Ça va mieux aujourd’hui. Le graphisme cartoon de Castle Siege est assez moche (Age of Empires Online était somptueux à côté) mais en se positionnant à 5 ou 6 mètres de l’écran et en dézoomant à fond, on pourrait croire avoir affaire à un vieux Age of Empires. Malheureusement, c’est peu pratique pour jouer.

L’idée de base ne déroge pas aux règles du genre : sur une petite portion de terrain rectangulaire, il s’agit de développer sa base en construisant des bâtiments et en entraînant une armée. Mais quelque chose me dit déjà que le machin va prendre trois plombes (d’autres parleront de durée de vie). Si je ne mets pas la main à la poche avec du vrai argent, je dois patienter quelques minutes avant que mes moulins, mes fermes et les quelques autres bâtiments disponibles à cet âge de technologie ne soient construits. Je lance donc la construction de structures à vocation économique et je retourne bosser un peu, circonspect.

Castle Siege 3

JOUR 3

BœufGagnant17, QUAND MEME.

J’ai maintenant quelques bâtiments à disposition, dont une caserne qui va me permettre d’entraîner des soldats. Oh, pas 80, non, juste une quinzaine. Avec eux, je vais pouvoir aller attaquer les châteaux des autres joueurs et gagner des ressources et de l’honneur (et dieu sait que j’en ai besoin). J’ordonne à mes soldats de entrainement, je construits 2 bâtiments supplémentaires dont une caserne d’archers, et je loue à mes collègues les vertus de la patience.

JOUR 4

C’est ma première bataille en temps réel, je suis tout excité (pas trop hein). Je paye le droit de péage (un certain montant de nourriture) pour placer mon armée savamment sélectionnée au bord d’un empire ennemi. J’envoie alors mes fantassins et mes quelques arbalétriers sur la muraille adverse. L’ennemi est statique mais les troupes qu’il a positionnées sur le mur me criblent de flèches. J’ordonne à mes unités de battre en retraite mais pour l’ergonomie et la réactivité, même les pires simulations allemandes donnent mieux le change. Dans un râle ridicule qui me rappelle ce vieil âne dans le champ derrière la maison de mes parents, mes troupes se cassent les dents sur les murailles adverses. L’échec est cuisant. Je reviens penaud du côté de mon empire, lance l’amélioration de 2 ou 3 bâtiments et mets le jeu en tache de fond.

JOUR 5

Je décide de me constituer une armée plus solide avant d’attaquer à nouveau. Je vais d’abord commencer par développer mon économie, faire ce qu’on appelait à l’époque « boomer ». J’améliore 4 bâtiments et… c’est tout. Si je veux en améliorer d’autres, ou si je veux que l’amélioration prenne effet tout de suite, il me faut payer. Rien de surprenant, mais bah, du coup, j’attends.

Castle Siege 4

JOUR 6

« Ceci n’est pas disponible. Vous devez améliorer votre donjon. » Je n’aurais pas accès à des unités plus puissantes avant d’améliorer mon donjon. Encore un peu de patience camarade.

JOUR 7

« Ceci n’est pas disponible. Vous devez améliorer votre donjon. » Je n’aurais pas accès à des unités plus puissantes avant d’améliorer mon donjon. Encore un peu de patience camarade (…).

JOUR 8

« Ceci n’est pas dispo.. » MAIS BORDEL.

JOUR 9

Je lance le jeu pour faire mes 4 clics quotidiens. Mon patron, qui a vu que je « jouais » à 16h38, croit que ça fait une semaine que je glande. Je lui explique que « je ne joue que 5 minutes par après-midi pour lancer des améliorations économiques et essayer de faire évoluer mon donjon à l’âge 4 pour débloquer des unités qui me permettront d’assiéger les empires d’autres joueurs pour récolter plus de ressources » (tout ça, sans respirer, notez) mais je vois dans son regard qu’il ne me croit pas et que je ne serai pas augmenté cette année.

JOUR 10

J’ai été attaqué pendant la nuit par un autre joueur. J’ai perdu 5 « couronnes ». Je ne sais pas ce qu’il se passe quand on a plus de couronnes mais je flippe. Au diable l’évolution du donjon pour le moment, j’améliore mes casernes dans l’idée de remonter une armée un peu plus nombreuse pour tenter à nouveau ma chance sur les murailles ennemies.

JOUR 12

Mon armée est prête. J’y ai intégré des béliers, ce qui devrait m’aider à franchir les défenses adverses. Je choisis patiemment (et contre de la nourriture) un empire MAL défendu (comme le mien, quoi) et je fonce dans le tas.

Ça passe ! J’ai un peu honte, mais j’ai regagné quelques couronnes. Dans la foulée, animé par un sentiment de toute puissance, je m’essaie au mode Campagne, qui fonctionne sur le même modèle que les batailles standards, sauf que ce sont des empires créés par les développeurs qu’il faut détruire – Orléans, Constantinople, Alep. Je tente Thessalonique.

[…]

Je me suis fait éclater en 1 minute tellement il y avait de soldats, avec des catapultes en veux-tu en voilà et des tourelles d’arbalètes. Je calcule à vue de nez qu’il me faudrait plusieurs années pour venir à bout de la dizaine de campagnes si je ne mets pas la main à la poche, alors je mets la main à la poche et constate qu’il me reste seulement 1 euros et 10 centimes, soit juste assez pour m’acheter une baguette de pain ce soir. ALT+F4.

Castle Siege 6

JOUR 14

J’ai été un peu blasé par cette histoire de campagnes, mais j’ai absolument besoin d’une pause. Je lance le jeu, l’amélioration de la capacité de stockage d’un de mes dépôts de bois et le taux de rentabilité d’une de mes moulins. Je passe le jeu en tache de fond.

JOUR 15

Je débloque une nouvelle unité en améliorant mon atelier de siège. Je ris nerveusement devant mon ordinateur. Mes collègues rient de moi devant leur ordinateur.

JOUR 18

Je lance le jeu pour faire mes 4 clics quotidiens. Je fais mes 4 clics quotidiens. Depuis quelques jours, mon empire se développe beaucoup plus lentement qu’avant. Toutes les améliorations et constructions sont désormais extrêmement coûteuses.

JOUR 19

En allant me chercher un sandwich à la pause déjeuner, j’ai vu un petit vieux dans la rue et je me suis imaginé lui voler son portefeuille. Je voyais dans sa sacoche en cuir un superbe empire défendu par des milliers d’archers postés sur mes murailles de pierre. Une pierre polie comme seuls les plus incroyables châteaux en ont ! Le soleil tapait sur la vallée, et les affrontements promettaient d’être sanglants. Alors que l’ennemi, fort de 80 000 soldats, s’avançait vers ma forteresse, je sortais de ma torpeur ; le petit vieux criait « au voleur » en me donnant des coups de canne. Je me suis excusé avant de partir en courant.

JOUR 21

Devant la lenteur de ma progression, je retourne voir les tarifs en matière de micropaiement. 5 euros pour 500 pièces d’or, 10 euros pour 1200 pièces d’or, 100 euros les 14 000 pièces d’or… Sachant qu’une fois que votre empire est déjà bien évolué (avec un Donjon au niveau 5) vous pouvez compter 1 à 3 euros pour l’amélioration d’un seul bâtiment… Je décide de me pendre dans les toilettes avec mon câble de souris.

Castle Siege 7

JOUR 24

Je porte sur moi les stigmates de ma tentative de la veille. Heureusement, mon collègue Pierre m’a sauvé de l’asphyxie en me jetant violemment hors des toilettes. J’ai appris plus tard qu’il avait surtout très envie d’uriner.

Ce matin, les gens me regardent bizarrement dans le métro. Excédé, je crie « C’EST LA FAUTE D’AGE OF CASTLE » en sortant de la rame. Un gamin me lance une pièce dans le dos avant que les portes se referment. Je prends la pièce devant une foule médusée en criant « ET VOUS CROYEZ QUE MON MOULIN IL VA S’UPGRADER TOUT SEUL ? ». Quelques heures plus tard, je décide de mettre mon expérience en pause et cherche un psychologue dans mon quartier.

JOUR 25

J’ai fait à présent à peu près tout ce qu’il est possible de faire gratuitement sans trop devoir attendre. Mon donjon est au niveau 5, tous mes bâtiments économiques sont au moins au niveau 5 également… pourtant mes camps militaires (au niveau 4) ne me permettent pas d’amasser plus de 36 unités dans une bataille. Quoique je tente, face à des royaumes assez bien défendus, je me fais dérouiller. Les batailles en temps sont d’un ennui sans pareil. J’ai trouvé le numéro d’un psy dans la rue d’à-côté.

JOUR 27

Et si je la jouais en défense ? En doublant tous mes murs, non, en quadruplant mes murs ! et en plaçant des tours d’archers et de catapultes au milieu, HEIN ? Génial, ça comme idée non ? J’ai vu des types faire ça, ils ont massacré mon armée et ruiné mes sièges. G… Ah, je ne peux construire que 70 pans de murs avec un Donjon de niveau 5. Ce qui est juste assez pour étanchéiser mon royaume. C’en est trop.

J’appelle le psy.

Castle Siege 8

JOUR 30

Je sors de chez le psy. Je n’y reviendrais pas. Quand il m’a demandé au bout de 40 minutes avec un soleil dans les yeux et un sourire en coin : « Vous vous rendez-compte de toutes les améliorations que vous auriez pu faire avec l’argent que vous allez me donner ? Mon pseudo à moi est Salsifi32, et le vôtre ? »

Et là j’ai compris. J’ai compris qu’il était accro lui-aussi, et qu’il se payait certainement un superbe empire avec l’argent de ses patients. Angoisse, horreur, MALEDICTION !

JOUR 38

Je me sens beaucoup mieux depuis quelques jours. Je sais que c’est la dernière fois que je lance le jeu, et c’est simplement pour faire des captures d’écran pour le présent article.
Avec Castle Siege, on est en présence d’un de ces nombreux prétendus free-to-play où les possibilités sont extrêmement limitées si on ne met pas la main à la poche. Le discours qui dit qu’on peut tout débloquer sans payer est vrai, mais il ne dit pas toute la vérité. Impossible de s’amuser sans payer tant les couts d’améliorations sont élevés, sans parler du fait qu’on ne peut améliorer ou construire que 4 bâtiments à la fois.

Bien entendu, je m’attendais à tout ça avant de jouer. Ça ne m’attriste pas plus que ça, ça ne me choque pas vraiment non plus. Ce qui est plus triste, c’est ce qu’est devenue la série Age of Empires, qui ne partage plus rien, sinon son thème historique, avec sa glorieuse ascendance.

Tristesse.

Age of Empires : Castle Siege, déjà disponible sur Windows 8.1 et Windows Phone

Castle Siege 9

Il fut un temps où Age of Empires était une série de jeux de stratégie intéressante, populaire et même jouée dans les plus grandes compétitions. Il fut un temps.

Castle Siege 1

30 jours de jeu où j’ai sacrifié une partie de ma dignité devant les railleries de mes collègues, qui riaient à gorge déployée chaque fois qu’ils passaient devant mon écran. Oh, il y a bien quelques moments où je me surprenais malgré ça à lancer le jeu discrètement – quand ils partaient déjeuner – et à m’extasier devant ma nouvelle caserne ou ma nouvelle écurie… mais tout est retombé si vite. De cette expérience traumatisante, j’en ai gardé un immense chagrin et quelques lignes écrites maladroitement sur un vieux cahier défraîchi. Les voici.

JOUR 1

Age of Empires est une série qui m’a accompagné (pour ne pas dire « a meublé ») mes longues années à l’université, alors imaginez ma déception de voir que la série, anciennement extrêmement populaire sur nos PC, était aujourd’hui développée pour Windows Phone (et Windows 8, mais ça fait plus jeu mobile qu’autre chose). Imaginez ma déception en apprenant que le jeu était un free-to-play type Clash of Clans. Et imaginez ma déception en découvrant que le nom de compte qui m’avait été attribué était BœufGagnant17. Bœuf-Gagnant-17.

JOUR 2

BœufGagnant17, quand même.

Devant toutes les déceptions de la veille, je n’ai pas eu le courage d’écrire sur ma première expérience de jeu. Ça va mieux aujourd’hui. Le graphisme cartoon de Castle Siege est assez moche (Age of Empires Online était somptueux à côté) mais en se positionnant à 5 ou 6 mètres de l’écran et en dézoomant à fond, on pourrait croire avoir affaire à un vieux Age of Empires. Malheureusement, c’est peu pratique pour jouer.

L’idée de base ne déroge pas aux règles du genre : sur une petite portion de terrain rectangulaire, il s’agit de développer sa base en construisant des bâtiments et en entraînant une armée. Mais quelque chose me dit déjà que le machin va prendre trois plombes (d’autres parleront de durée de vie). Si je ne mets pas la main à la poche avec du vrai argent, je dois patienter quelques minutes avant que mes moulins, mes fermes et les quelques autres bâtiments disponibles à cet âge de technologie ne soient construits. Je lance donc la construction de structures à vocation économique et je retourne bosser un peu, circonspect.

Castle Siege 3

JOUR 3

BœufGagnant17, QUAND MEME.

J’ai maintenant quelques bâtiments à disposition, dont une caserne qui va me permettre d’entraîner des soldats. Oh, pas 80, non, juste une quinzaine. Avec eux, je vais pouvoir aller attaquer les châteaux des autres joueurs et gagner des ressources et de l’honneur (et dieu sait que j’en ai besoin). J’ordonne à mes soldats de entrainement, je construits 2 bâtiments supplémentaires dont une caserne d’archers, et je loue à mes collègues les vertus de la patience.

JOUR 4

C’est ma première bataille en temps réel, je suis tout excité (pas trop hein). Je paye le droit de péage (un certain montant de nourriture) pour placer mon armée savamment sélectionnée au bord d’un empire ennemi. J’envoie alors mes fantassins et mes quelques arbalétriers sur la muraille adverse. L’ennemi est statique mais les troupes qu’il a positionnées sur le mur me criblent de flèches. J’ordonne à mes unités de battre en retraite mais pour l’ergonomie et la réactivité, même les pires simulations allemandes donnent mieux le change. Dans un râle ridicule qui me rappelle ce vieil âne dans le champ derrière la maison de mes parents, mes troupes se cassent les dents sur les murailles adverses. L’échec est cuisant. Je reviens penaud du côté de mon empire, lance l’amélioration de 2 ou 3 bâtiments et mets le jeu en tache de fond.

JOUR 5

Je décide de me constituer une armée plus solide avant d’attaquer à nouveau. Je vais d’abord commencer par développer mon économie, faire ce qu’on appelait à l’époque « boomer ». J’améliore 4 bâtiments et… c’est tout. Si je veux en améliorer d’autres, ou si je veux que l’amélioration prenne effet tout de suite, il me faut payer. Rien de surprenant, mais bah, du coup, j’attends.

Castle Siege 4

JOUR 6

« Ceci n’est pas disponible. Vous devez améliorer votre donjon. » Je n’aurais pas accès à des unités plus puissantes avant d’améliorer mon donjon. Encore un peu de patience camarade.

JOUR 7

« Ceci n’est pas disponible. Vous devez améliorer votre donjon. » Je n’aurais pas accès à des unités plus puissantes avant d’améliorer mon donjon. Encore un peu de patience camarade (…).

JOUR 8

« Ceci n’est pas dispo.. » MAIS BORDEL.

JOUR 9

Je lance le jeu pour faire mes 4 clics quotidiens. Mon patron, qui a vu que je « jouais » à 16h38, croit que ça fait une semaine que je glande. Je lui explique que « je ne joue que 5 minutes par après-midi pour lancer des améliorations économiques et essayer de faire évoluer mon donjon à l’âge 4 pour débloquer des unités qui me permettront d’assiéger les empires d’autres joueurs pour récolter plus de ressources » (tout ça, sans respirer, notez) mais je vois dans son regard qu’il ne me croit pas et que je ne serai pas augmenté cette année.

JOUR 10

J’ai été attaqué pendant la nuit par un autre joueur. J’ai perdu 5 « couronnes ». Je ne sais pas ce qu’il se passe quand on a plus de couronnes mais je flippe. Au diable l’évolution du donjon pour le moment, j’améliore mes casernes dans l’idée de remonter une armée un peu plus nombreuse pour tenter à nouveau ma chance sur les murailles ennemies.

JOUR 12

Mon armée est prête. J’y ai intégré des béliers, ce qui devrait m’aider à franchir les défenses adverses. Je choisis patiemment (et contre de la nourriture) un empire MAL défendu (comme le mien, quoi) et je fonce dans le tas.

Ça passe ! J’ai un peu honte, mais j’ai regagné quelques couronnes. Dans la foulée, animé par un sentiment de toute puissance, je m’essaie au mode Campagne, qui fonctionne sur le même modèle que les batailles standards, sauf que ce sont des empires créés par les développeurs qu’il faut détruire – Orléans, Constantinople, Alep. Je tente Thessalonique.

[…]

Je me suis fait éclater en 1 minute tellement il y avait de soldats, avec des catapultes en veux-tu en voilà et des tourelles d’arbalètes. Je calcule à vue de nez qu’il me faudrait plusieurs années pour venir à bout de la dizaine de campagnes si je ne mets pas la main à la poche, alors je mets la main à la poche et constate qu’il me reste seulement 1 euros et 10 centimes, soit juste assez pour m’acheter une baguette de pain ce soir. ALT+F4.

Castle Siege 6

JOUR 14

J’ai été un peu blasé par cette histoire de campagnes, mais j’ai absolument besoin d’une pause. Je lance le jeu, l’amélioration de la capacité de stockage d’un de mes dépôts de bois et le taux de rentabilité d’une de mes moulins. Je passe le jeu en tache de fond.

JOUR 15

Je débloque une nouvelle unité en améliorant mon atelier de siège. Je ris nerveusement devant mon ordinateur. Mes collègues rient de moi devant leur ordinateur.

JOUR 18

Je lance le jeu pour faire mes 4 clics quotidiens. Je fais mes 4 clics quotidiens. Depuis quelques jours, mon empire se développe beaucoup plus lentement qu’avant. Toutes les améliorations et constructions sont désormais extrêmement coûteuses.

JOUR 19

En allant me chercher un sandwich à la pause déjeuner, j’ai vu un petit vieux dans la rue et je me suis imaginé lui voler son portefeuille. Je voyais dans sa sacoche en cuir un superbe empire défendu par des milliers d’archers postés sur mes murailles de pierre. Une pierre polie comme seuls les plus incroyables châteaux en ont ! Le soleil tapait sur la vallée, et les affrontements promettaient d’être sanglants. Alors que l’ennemi, fort de 80 000 soldats, s’avançait vers ma forteresse, je sortais de ma torpeur ; le petit vieux criait « au voleur » en me donnant des coups de canne. Je me suis excusé avant de partir en courant.

JOUR 21

Devant la lenteur de ma progression, je retourne voir les tarifs en matière de micropaiement. 5 euros pour 500 pièces d’or, 10 euros pour 1200 pièces d’or, 100 euros les 14 000 pièces d’or… Sachant qu’une fois que votre empire est déjà bien évolué (avec un Donjon au niveau 5) vous pouvez compter 1 à 3 euros pour l’amélioration d’un seul bâtiment… Je décide de me pendre dans les toilettes avec mon câble de souris.

Castle Siege 7

JOUR 24

Je porte sur moi les stigmates de ma tentative de la veille. Heureusement, mon collègue Pierre m’a sauvé de l’asphyxie en me jetant violemment hors des toilettes. J’ai appris plus tard qu’il avait surtout très envie d’uriner.

Ce matin, les gens me regardent bizarrement dans le métro. Excédé, je crie « C’EST LA FAUTE D’AGE OF CASTLE » en sortant de la rame. Un gamin me lance une pièce dans le dos avant que les portes se referment. Je prends la pièce devant une foule médusée en criant « ET VOUS CROYEZ QUE MON MOULIN IL VA S’UPGRADER TOUT SEUL ? ». Quelques heures plus tard, je décide de mettre mon expérience en pause et cherche un psychologue dans mon quartier.

JOUR 25

J’ai fait à présent à peu près tout ce qu’il est possible de faire gratuitement sans trop devoir attendre. Mon donjon est au niveau 5, tous mes bâtiments économiques sont au moins au niveau 5 également… pourtant mes camps militaires (au niveau 4) ne me permettent pas d’amasser plus de 36 unités dans une bataille. Quoique je tente, face à des royaumes assez bien défendus, je me fais dérouiller. Les batailles en temps sont d’un ennui sans pareil. J’ai trouvé le numéro d’un psy dans la rue d’à-côté.

JOUR 27

Et si je la jouais en défense ? En doublant tous mes murs, non, en quadruplant mes murs ! et en plaçant des tours d’archers et de catapultes au milieu, HEIN ? Génial, ça comme idée non ? J’ai vu des types faire ça, ils ont massacré mon armée et ruiné mes sièges. G… Ah, je ne peux construire que 70 pans de murs avec un Donjon de niveau 5. Ce qui est juste assez pour étanchéiser mon royaume. C’en est trop.

J’appelle le psy.

Castle Siege 8

JOUR 30

Je sors de chez le psy. Je n’y reviendrais pas. Quand il m’a demandé au bout de 40 minutes avec un soleil dans les yeux et un sourire en coin : « Vous vous rendez-compte de toutes les améliorations que vous auriez pu faire avec l’argent que vous allez me donner ? Mon pseudo à moi est Salsifi32, et le vôtre ? »

Et là j’ai compris. J’ai compris qu’il était accro lui-aussi, et qu’il se payait certainement un superbe empire avec l’argent de ses patients. Angoisse, horreur, MALEDICTION !

JOUR 38

Je me sens beaucoup mieux depuis quelques jours. Je sais que c’est la dernière fois que je lance le jeu, et c’est simplement pour faire des captures d’écran pour le présent article.
Avec Castle Siege, on est en présence d’un de ces nombreux prétendus free-to-play où les possibilités sont extrêmement limitées si on ne met pas la main à la poche. Le discours qui dit qu’on peut tout débloquer sans payer est vrai, mais il ne dit pas toute la vérité. Impossible de s’amuser sans payer tant les couts d’améliorations sont élevés, sans parler du fait qu’on ne peut améliorer ou construire que 4 bâtiments à la fois.

Bien entendu, je m’attendais à tout ça avant de jouer. Ça ne m’attriste pas plus que ça, ça ne me choque pas vraiment non plus. Ce qui est plus triste, c’est ce qu’est devenue la série Age of Empires, qui ne partage plus rien, sinon son thème historique, avec sa glorieuse ascendance.

Tristesse.

Age of Empires : Castle Siege, déjà disponible sur Windows 8.1 et Windows Phone

Castle Siege 9