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Dossier : Obsolescence programmée, tous coupables ?

Apple ou l'obsolescence marketing à outrance

Apple

Par Elodie le

Dans le cas d’Apple, la marque à la pomme est souvent décriée pour dégainer des nouveautés plus vite que son ombre, reléguant ses anciens appareils au rang de futures antiquités : le premier iPhone est sorti en 2007, l’iPhone 3GS en 2009, le 4 en 2010. Six ans plus tard, l’iPhone 7 est à peine sorti qu’il se retrouve déjà concurrencé l’année suivante par la sortie d’un iPhone 8 et X pour les 10 ans du flagship d’Apple.

Étonnamment, ce n’est pas cette obsolescence marketing qui est dénoncée aujourd’hui par l’association HOP, mais la réduction volontaire des performances et de la durée de vie de ses appareils via son système de mises à jour (dans le but d’inciter à leur remplacement).

Mais comme vient le préciser Clémence Boissonnet, avocate en droit des affaires chez Cronet Vincent Ségurel, « la loi se réfère à la notion « technique », laquelle apparaît suffisamment vaste pour englober l’ensemble des hypothèses, que l’obsolescence soit esthétique, logicielle ou matérielle ».

 

« Dans le cas d’Apple, la « technique » dénoncée est celle d’imposer des mises à jour, et que celles-ci, qu’elles soient ou non appliquées, seraient de nature à rendre l’utilisation du téléphone plus difficile, notamment par sa lenteur. »

Performances Vs durée de vie

Mais peut-on vraiment parler d’obsolescence programmée dans le cas des batteries lithium-ion d’Apple ? En effet, la firme avance des arguments de « prévention », l’objectif de ses mesures serait d’éviter des arrêts imprévus en bridant les performances d’anciens modèles pour ménager les batteries vieillissantes et ainsi prolonger leur durée de vie. Pas vraiment de l’obsolescence programmée donc…

Les batteries sont « de moins en moins aptes à répondre à des pics de puissance lorsqu’il fait froid, en cas de faible puissance de charge, ou quand elles vieillissent. Ce qui peut entraîner des arrêts inopinés de l’appareil afin de protéger ses composants internes » selon Apple.

« Complètement absurde » rétorque Laetitia Vasseur. « C’est comme si je vous disais : ‘Pour garder votre voiture en bon état de marche, plutôt que de changer sa batterie, on va brider le moteur à 30 ou 40 km/h. Concrètement, votre voiture, vous n’allez pas pouvoir l’utiliser beaucoup ».

L’avocat de HOP surenchérit, dénonçant les « éléments de langage » d’Apple. « Lorsque l’on dit ‘diminuer la ‘durée de vie’, c’est la durée de vie en état fonctionnel. »

Des ralentissements uniquement chez Apple

Cependant pour maître Boissonnet « cette défense est judicieuse puisqu’[Apple] recherche ainsi à se détacher de la définition posée par l’article L. 441-2 du Code de la consommation et notamment du troisième critère qui est celui du résultat poursuivi par cette technique ».

« Il n’en demeure pas moins que si telle est la défense avancée par la société Apple, la sincérité de cet objectif poursuivi sera évidemment au cœur des débats », poursuit l’avocate.

« Il peut paraître inopportun de restreindre la constitution du délit d’obsolescence programmée à ce seul objectif », explique-t-elle. L’obsolescence programmée n’a pas pour unique but d’engendrer une augmentation du taux de remplacement, cette manœuvre peut aussi avoir « pour objectif de détourner la clientèle d’un produit vers un autre beaucoup plus onéreux, ou de l’amener à engager des frais de réparation auprès de ses services », autant de reproches formulés à l’encontre d’Apple notamment.

« Depuis 2008, on constate le même phénomène sur ces batteries, mais aucune solution n’a été trouvée depuis ? interroge Emile Meunier. On est en droit de se poser des questions. […] Après, peut-être qu’Apple a des raisons que l’on ne connait pas et qu’ils vont nous les expliquer durant l’enquête. S’ils arrivent à démontrer qu’il y a une autre raison que cette coïncidence entre les mises à jour et la sortie de nouveaux iPhone, le juge décidera. Pour l’instant, la coïncidence est pour le moins troublante. »

capture d’écran

Pour appuyer son propos, l’avocat de l’association brandit Google Trends : en comparant les tendances relatives aux termes « iPhone slow » et « date de sortie iPhone » depuis 2008, on remarque que les dates correspondant aux recherches des internautes concernant des ralentissements suivent de près celles de la sortie d’un nouvel OS, qui s’accompagne généralement du lancement d’un nouvel iPhone.

Suffisant pour servir de preuve ? L’association n’en démord pas : il ne peut s’agir d’une coïncidence. « Et puis pourquoi Apple aurait ce problème alors que d’autres utilisant le même type de batterie ne l’ont pas ? », fait mine d’interroger Laetitia Vasseur. Pourquoi les batteries (lithium ion) des Galaxy Note 7 de Samsung explosent alors que les autres non pourrait-on lui répondre.

Réversibilité et commodité

Pour HOP, des solutions existes, mais ne sont pas mises en œuvre, comme la réversibilité des mises à jour, permettant au consommateur de revenir en arrière si une mise à jour ralentit les performances de son téléphone ou s’avère incompatible avec certaines applications, mais aussi la dissociation des mises à jour de sécurité et de « commodité », qui laisse le choix au consommateur de choisir celles qu’ils souhaitent installer.

« Bien évidemment, on ne peut garder son iPhone 4S et espérer qu’il fonctionne correctement puisque les nouveaux modèles demandent plus de puissance », concède maître Meunier, qui estime que le maintien de plusieurs versions d’un même OS n’est pas « excessif ».

Certes, puisque c’est déjà le cas. Apple et Google (avec Android) maintiennent d’anciennes versions de leur OS, mais sans proposer de réversibilité en revanche. Au bout de quelques années, les périphériques les plus anciens ne sont plus supportés, ils continuent à fonctionner, mais ne bénéficient plus des mises à jour de sécurité et des nouvelles fonctionnalités. Certaines applications refusent également de s’installer avec les anciennes versions d’iOS, ce qui accélère l’obsolescence de ces terminaux.

Si cette démarche s’inscrit dans une politique plus générale, peut-on affirmer que l’obsolescence programmée en fait partie ? Le cas d’Epson est beaucoup plus parlant.