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Dossier : Obsolescence programmée, tous coupables ?

Gaspillage électronique et recyclage, l'antichambre de l'obsolescence programmée

Apple

Par Elodie le

La réparation, c’est aussi l’arbre qui cache une immense forêt de e-déchets. En 2016, 44,7 millions de tonnes d’e-déchets ont été produites dans le monde, 1,4 millions en France (mais les Français produisent 21,3 kg de déchets électroniques par an) et seule une part infime est déclarée et recyclée. En 2020, c’est plus de 50 millions de tonnes d’e-déchets qui seront produites.

Crédits : Curtis Palmer -Flickr

Ces déchets posent de véritables problèmes environnementaux (épuisement des ressources, recyclage, pollution) et de santé. La plupart des pays occidentaux préfèrent délocaliser le traitement de ces déchets, notamment en Chine et en Afrique. La ville de Guiyu en Chine est d’ailleurs qualifiée de « décharge des pays développés ». L’Afrique quant à elle souhaiterait mettre fin à l’importation des déchets provenant de l’Union européenne, ayant déjà le plus grand mal à recycler les siens.

E-waste workers – crédits : Wikimedia Commons

Ces déchets génèrent une pollution importante : quand ils ne recèlent pas des matières précieuses (cuivre, fer, or), ils contiennent des matières très dangereuses et toxiques, et doivent être gérés avec une attention extrême. Hélas, les employés qui les traitent sont souvent mal protégés ce qui provoque chez eux des maladies graves. Les filières de recyclages se développent bien en Europe, mais elles sont encore balbutiantes.

Des enjeux multiples

La mauvaise gestion des déchets électroniques et le gaspillage qu’elle génère constituent une perte financière sidérante : « au niveau mondial, les e-déchets constituent une précieuse mine urbaine, un large réservoir potentiel de matériaux recyclables », déplorait David Malone, sous-secrétaire général des Nations-Unies et recteur de l’UNU, en 2015. Une perte estimée à 48 milliards d’euros en 2014. Avec l’augmentation toujours plus importante des déchets électroniques prévue pour les années à venir, le gouffre risque de se creuser un peu plus. À mesure que les ressources et matières premières elles, se tarissent chaque jour un peu plus.

Aujourd’hui, ces enjeux sont devenus des arguments marketing pour les marques, à l’instar de SEB qui s’autoproclame « champion de la lutte contre l’obsolescence programmée » depuis 2016 (extension de garantie à 10 ans pour la majorité des produits), Michelin, Dr Martens ou Fairphone, le téléphone portable équitable entièrement démontable.

 

Marque du groupe SEB

HOP concède d’ailleurs que ces plaintes visent autant à porter un coup à l’image de marque de ces entreprises, et à la confiance que les clients leur portent, qu’à « alerter et sensibiliser » les consommateurs sur la qualité de ces produits en termes de durabilité et de réparabilité.

D’autant qu’en France, l’arsenal législatif est (certes) répressif à l’encontre du délit d’obsolescence programmée, mais pas véritablement dissuasif. La sanction prévue est de deux ans de prison et 300 000 euros d’amende pour un individu, et 5 % du chiffre d’affaires annuel d’une entreprise. Un pourboire pour Apple et Co.

Quel monde pour demain ?

« Si l’issue [des enquêtes préliminaires] est négative, on va dire : l’obsolescence programmée c’est bidon, prédit Pascal Durand qui voit déjà le Medef ou les fabricants s’en féliciter. Si l’issue est positive, ça permettra de faire bouger les lignes ».

« Mais quoi qu’il arrive, ces procédures-là ont un intérêt : on en parle dans les médias, ça fait réfléchir un certain nombre de fabricants qui ne veulent pas être associés à une publicité de cette nature, le fameux name and shame. Il y a de vraies tentatives de la part d’industriels de changer les choses. »

Le statu quo n’est donc pas une option : « On va arriver à un moment très simple où il n’y aura plus de matière première. Du moins plus assez. […] Si on veut raisonner en terme économique, les e-déchets sont un enjeu majeur, assène Pascal Durand. On ne peut plus continuer sur le modèle d’une société du tout jetable. C’est un modèle destructeur à tous les niveaux. »

Le combat est donc loin d’être terminé. HOP a d’ailleurs déjà d’autres marques et produits dans le viseur, que ce soient « des berlines avec des plaquettes de frein qu’il faut changer alors qu’elles sont encore en état, des collants, un ampli de musique », et même « un modèle de tondeuse à gazon avec un engrenage en plastique alors que tout le reste est en acier », nous précise Émile Meunier.

La guerre est déclarée !